17 août 2008
ILS CONCOURAIENT NUS : LES J.O. DE L'ANTIQUITE
A l'heure où les Jeux de la 29e Olympiade battent leur plein du côté de Pékin, ANW s'intéresse aux premiers jeux olympiques, ceux de l'Antiquité. Les représentations sportives de cette époque reculée sont nombreuses et fourmillent d'informations ou détails divers, au premier rang desquels la nudité des athlètes. En effet, outre le caractère sacré des Jeux et leur immense renommée, la nudité était omniprésente pendant la durée des épreuves. Remontons dans le temps...
Les Jeux Olympiques antiques ont existé de 776 avant Jésus-Christ à l'an 393 après J.C. Contrairement à l'idée reçue, il n'a pas existé qu'une seule "olympiade" à Olympie. D'autres jeux du même type (avec quelques variantes sur les épreuves sportives) ont existé à Némée, Isthmia (Corinthe) et Delphes. Cependant, ce sont bien les jeux tenus à Olympie qui vont servir de modèle à tous les autres et vont donner le nom définitif à l'épreuve sportive la plus célèbre des temps antiques et modernes : les Jeux Olympiques.
Entrons désormais dans le coeur du sujet : les athlètes. Pendant très longtemps, la totalité de athlètes sont des hommes appartenant tous à la race des Grecs. Ils sont les plus dignes représentants d'un idéal tout autant que politique puisqu'ils sont aussi les "ambassadeurs" de leurs cités-états qui composent alors la Grèce Antique. En effet, il n'existe pas de "nation grecque" mais une race.
Dans l'organisation des JO antiques, les athlètes obéissent à des règles très strictes. Tout d'abord, l'annonce de la trève olympique est proclamée un mois avant le début des Jeux par des hérauts qui parcourent toute la Grèce. Cette annonce sert également de convocation à tous les athlètes qui vont concourir aux Jeux. Ils se regroupent tous alors au gymnase d'Elis (à une trentaine de km d'Olympie) pour être enregistrer par les magistrats (ou juges), appelés hellanodices, et chargés de veiller au bon respect des règlements olympiques.
Les athlètes disputent les jeux olympiques entièrement nus. A cela, plusieurs raisons. Rappelons tout d'abord que le gymnase, lieu d'entraînement des athlètes, tire son origine du grec gymnos qui signifie "nu". D'ailleurs, les épreuves athlétiques (pentathlon, lutte, pugilat, pancrace, course des hoplites à partir de 520 av JC) sont appelées "gymniques" en ce sens. Ensuite, la nudité est clairement annoncée dans le sixième des quatorze points du serment olympique : "Pendant les exercices, les maîtres (entraîneurs ) des athlètes devront être parqués et nus".
Entraînement au saut en longueur
La nudités des athlètes est avérée depuis le VIIIe avant JC. Thucydide rapporte en effet que cette pratique viendrait de Sparte pour une question de "commodité" par rapport à l'usage premier des Minoens concourant avec une sorte de caleçon moulant : Les premiers [Spartiates] aussi ils se dépouillèrent de leurs vêtements et se montrèrent nus et frottés d'huile pour les exercices gymniques. Autrefois, dans les Jeux Olympiques, les athlètes portaient pour la lutte des ceintures voilant les parties honteuses et il y a peu de temps que cette coutume a disparu. Certains peuples barbares, et principalement en Asie, quand ils font des concours de pugilat et de lutte, portent des ceintures. (Guerre du Péloponnèse, I, 6, 4-6).
Une autre version veut que lors des Olympiades de 720 av JC, l'athlète Orrhipos de Mégare soit le premier athlète à avoir couru nu pendant les Jeux. En fait, pendant sa course, Orrhipos perd son pagne ("ceinture" dans les textes antiques) et termine la course entièrement nu. Les juges, y voyant un signe des dieux, décidèrent alors que désormais les athlètes disputeraient les épreuves nus.
Athlète et son racloir pour la poussière
Enfin; nous avons trouvé dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert cette autre version, légèrement différente de la précédente :
Les athletes combattirent nus dans ces jeux, depuis la trente-deuxieme olympiade, où il arriva à un nommé Orcippus de perdre la victoire, parce que dans le fort du combat son caleçon s'étant dénoué, l'embarrassa de maniere à lui ôter la liberté des mouvemens. Ce reglement en exigea un autre : c'est qu'il fut défendu aux femmes & aux filles, sous peine de la vie, d'assister à ces jeux, & même de passer l'Alphée pendant tout le tems de leur célébration.
[…] Depuis ce tems-là [cf plus bas, l'épisode de Kallipateira] il fut défendu aux maîtres d'exercices de paroître autrement que nus à ces spectacles.
On apprend encore que les athlètes doivent restés sur le stade pendant la journée et la nuit, sous la surveillance des hérauts pour éviter toute fuite (ou plutôt désertion qui aurait jeté l'opprobe sur l'athlète et le discrédit sur sa cité :
On lit dans les écrits du même orateur [Saint Jean Chrysostome], syrien de naissance, que les athletes étoient encore tout nuds, & se tenoient debout exposés aux rayons du soleil. Les spectateurs étoient assis depuis minuit jusqu'au lendemain à midi, pour voir les athletes qui remporteroient la victoire. Pendant toute la nuit le héraut veilloit soigneusement, pour empêcher que quelqu'un des combattans ne se sauvât à la faveur des ténébres, & ne se deshonorât par cette fuite.
Outre un bandeau autour de la tête pour retenir ses cheveux, l'athlète s'enduit le corps d'huile d'olive pour mieux échauffer ses muscles. Après l'entraînement ou le combat, l'athlète profite de bains réparateurs que l'on prend à plusieurs. La nuit, on dort à même le sol, sur un peau de bête et son seul manteau. La résistance est à ce prix... Pendant les épreuves gymniques proprement dites, l'athlète est nu, ne portant sur lui que les accessoires nécessaires à certains sports : lannières de cuir pour le pugilat, jambières pour la course en armes, poids pour le saut en longueur. A la lutte, les athlètes s'enduisent le corps seulement avec de l'huile pour réduire les prises de leur adversaire.
La nudité des sportifs s'explique aussi d'un point de vue esthétique et philosophique : l'athlète nu symbolise un équilibre harmonieux entre le corps et l'esprit. Le nu masculin est la beauté par excellence et sa virilité masculine la force. La tête nue représente l'esprit, l'intelligence et le courage. Les Romains vont résumer cet idéal par le fameux dicton : un corps sain dans un esprit sain. Ainsi, à partir du IVe siècle, les jeux ont-ils compté comme épreuve "artistique" celles de l'éloquence, de la poésie mais aussi de la beauté musculaire, sorte de body building avant l'heure (sans les créatine et protéines de notre époque).
La nudité des athlètes est un prétexte un peu faible pour expliquer l'exclusion des femmes aux Jeux Olympiques (tant comme spectatrice que comme athlète). Il est vrai que les textes de l'époque rapporte qu'une femme, Kallipateira, fille du célèbre boxeur Diagoras de Rhodes, du temps où les athlètes concouraient vêtus, avait réussi à berner les magistrats pour approcher son fils Pisidoras. Dans la joie de la victoire de celui-ci, en enjambant la palissade, Kallipateira se prit la tunique dans le bois, devoilant à tous ses attributs de femme. Si elle ne fut pas punie comme le voulait la loi, eut égard les gloires olympiques de son père Diagoras, la réaction des organisateurs fut alors d'ordonner que désormais athlètes et entraîneurs seraient inscrits nus devant les hellonocides et concourraient également nus tant sur le stade qu'au gymnase. Toute femme serait punie de mort si elle était surprise dans l'enceinte olympique (y compris les tribunes).
En conclusion, hasard fortuit, signe divin, idéal masculin, apologie de la beauté, la nudité des Jeux Olympiques s'inscrit dans un tout, intimement lié, une sorte de train d'union physique mêlant prouesses sportives et guerrières, physiques et intellectuelles ou artistiques et sensuelles. La nudité a aussi valeur d'égalité : seul l'athlète fera la différence dans l'épreuve, sans accessoire ni tricherie. La nudité, dans ce qu'elle a eu d'esthétique, a aussi amené l'athlète dans ce qu'il a de brut et de naturel : sa force physique, la beauté de l'effort et l'intelligence de l'art (sportif ou sculptural).
Aujourd'hui, les tenues recouvrent depuis bien longtemps le corps de nos athlètes. Mais les nouvelles matières des vêtements, créés pour des raisons de fluidité aux éléments, adhérents tant à la peau (natation, lutte, athlétisme par exemple), qu'ils sont bien près de la vision des athlètes de l'Antiquité : on y distingue très nettement les corps, les muscles, les efforts et la sueur. La nudité en moins...
Pancrace - Un des athlètes met les doigts dans l'oeil de son adversaire. L'arbitre va le frapper
Pancrace - L'homme au sol lève le doigt vers l'arbitre : il abandonne
Pancrace - Deux lutteurs combattent sous la baguette de l'arbitre prête à intervenir
Lutte - Entraînement sous l'oeil des entraîneurs
Course des Hoplites - Une épreuve semi-guerrière
Boxe - Fresque d'Akrotiri (Santorin)
Lutte - Les corps des lutteurs de droite sous couverts de plaies
Lampadédromia - Course de relais de flambeaux aux Jeux Panathénées qui préfigure l'actuel relais de la flamme olympique.























