ARCHIBALD MOTLEY (1891-1981°
ALEXANDER IVANOV 1806-1858

"Sept garçons - Etude pour l'Apparition du Christ"

"Sur la plage de la baie de Naples"

"Baignade de quatre garçons"

"L'apparition du Christ"

"Bellerophon"

"Apollon, Hyakinthos et Kyparissos chantant et jouant"

"Trois garçons nus"
GIOVANNI BOLDINI : LE NU ELEGANT
Né à Ferrare, en Italie, le 31 décembre 1842, Giovanni Boldini est un peintre portraitiste dont la renommée fut internationale. Passant l'essentiel de son temps entre Paris et Londres, Boldini fréquente rapidement les peintres en vogue comme Degas qu'il rencontre à Paris, fréquente les membres de l'Ecole de Barbizon (qui rejettent notamment l'académisme des portraits, leur préférant une spontanéité et la fraîcheur qui en découle), et se lie avec le critique italien Diego Martelli.
Deux amis : Giovanni Boldini et Edgar Degas
Boldini s'installe à Paris en 1872 et ouvre un atelier place Pigalle. S'il travaille sous contrat avec le marchand d'art Goupil, Giovanni Boldini se taille rapidement une solide réputation de portraitiste, peignant le "Tout-Paris" avec élégance et originalité. On admire alors ses portraits de femmes de la haute société, brillants et élégants, caractérisés par un coup de pinceau hardi et fluide. Les couleurs sont sombres et vives. Les compositions hésitent entre les corps élancés du Greco et les prémices de l'art moderne (dans les arrières-plans). Ses tableaux se vendent alors jusqu'à 25 000 francs de l'époque !
Lorsqu'il quitte Paris, Boldini se met alors à peindre en itinérance. Ses déplacements l'amènent à s'installer en Hollande, puis à Londres, en Espagne et au Maroc avec Degas. En 1892, il revient en Italie pour mieux partir à New-York en 1897 puis de nouveau l'Italie et Palerme en 1900. Quasiment aveugle, Boldini revient à Paris où il meurt le 11 janvier 1931, à l'âge canonique de 89 ans.
En marge de ses portraits "conventionnels" et officiels, Boldini a peint plusieurs nus dont la suavité et la sensualité éclaboussent chaque oeuvre. Alanguies et représentées sous des angles originaux, les femmes de Boldini sont anonymes à l'opposé de ces portraits de femmes élégantes richement vêtues. Prises ou "surprises" dans des poses intimes (toilette, rêverie), la troublante lasciveté des sujets garde toute leur fraîcheur à ces femmes d'un autre siècle, par delà le temps...
Site officiel : www.giovanniboldini.org
LES NUS D'ALBERT MARQUET
Né à Bordeaux le 27 mars 1875, Albert Marquet est un touche-à-tout de la peinture de son époque : portraitiste, paysagiste ou encore dessinateur, il ne s'est jamais laissé enfermé dans un mouvement particulier. Du fauvisme au néo-impressionnisme en passant par l'impressionnisme, Marquet a cotoyé les plus grands peintres de l'époque : Matisse (avec qui il entretiendra une grande correspondance), Lautrec, Derain, Desnoyer (devenu un ami proche du peintre, avec lequel il partage l'atelier de La Frette-sur-Seine), Launois ou encore Etienne Bouchaud.
Grand voyageur, Marquet va peindre de nombreuses toiles ayant pour rapport l'Algérie ou des marines, essentiellement conservées au Havre (Musée Malraux) ou à Bordeaux (Musée des Beaux-Arts). En 2009, le Musée de la Marine consacre une exposition dédiée aux "itinéraires maritimes" d'Albert Marquet.
Les nus féminins d'Albert Marquet sont tous empreints d'une sage sensualité et souvent charnus. De manière plus surprenante, le sapphisme est parfois évoqué par Marquet, que ce soit dans ses peintures ou dans ses dessins à l'encre de chine. Enfin, les nus datent, dans leur grande majorité, de la période "fauve" du peintre.
Réfugié à Alger de 1940 à 1945, Albert Marquet revient à La Frette-sur-Seine où il décède le 14 juin 1947.

De g à d : Femme nue - Le nu dans l'atelier - Matisse dans l'atelier de Manguin - Nu dit nu fauve
LES NUS DES PEINTRES GRECS DU XIXe SIECLE
La Grèce fête aujourd'hui l'anniversaire du début de sa guerre d'indépendance, lancée le 25 mars 1821. Après neuf années de guerre contre les Turcs, l'état grec moderne est officiellement reconnu le 3 février 1830. Son premier souverain, Othon Ier, né en Allemagne, ouvre aux artistes grecs nouvellement indépendants les portes de l'art du siècle (notamment l'Ecole dite de Munich). Entre naturalisme, classicisme, impressionisme, orientalisme et académisme, voici les nus des principaux artistes de cette époque féconde.
Demeter LACCATARIS (1798-1864)
Nikolaos KOUNELAKIS (1829-1896)
Nikolaos GYZIS (1842-1901)

Etude pour "Apothéose de la Bavière"
Polychronis LEMPESIS (1848-1913)
Nikolaos XYDIAS TYPALDOS (1821-1909)
Nikiphoros LYTRAS (1832-1904)
Giorgos IAKOVIDIS (1853-1907)
Périkles PANTAZIS (1849-1884)
Symeon SAVVIDIS (1859-1927)
Theophilos HATZIMICHALI (1870-1934)
Théodoros RALLIS (1852-1909)
LES NUS DE MAX LIEBERMANN
Né en 1847 à Berlin, fils d'un homme d'affaires juif, Max Libermann fait des études de droit puis suit les cours de l'université de Berlin. Pourtant, à partir de 1869, Max Liebermann se tourne vers la peinture et le dessin, d'abord à Weimar, puis à Paris à partir de 1872 et jusqu'en 1878. On le retrouve aussi aux Pays-Bas entre 1876 et 1877. Il s'installe quelques temps à Munich avant de revenir définitivement à Berlin en 1884.
De son séjour parisien, Liebermann garde le goût de l'impressionnisme dont il devient le chef de file allemand. D'abord peintre représentant des scènes de la vie bourgeoise allemande, Liebermann se fait aussi connaître pour ses talents de portraitiste. De 1899 à 1911, il préside la Berliner Secession, association artistique regroupant des artistes de Berlin qui s'oppose au conservatisme de l'Association des Artistes de Berlin.
Lorsque la Première Guerre Mondiale se déclenche, Liebermann est l'un des signataires du Manifeste des 93 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_des_93) dans lequel le mouvement des artistes et intellectuels allemands soutiennent le Kaiser Guillaume II, accusé d'atrocités militaires pendant la campagne de Belgique. En 1920, il connait sa consécration en devenant président de l'Académie des Arts de Prusse. Mais la montée du nazisme l'oblige à démissionner en 1933 lorsqu'il devient interdit d'exposer leurs oeuvres aux artistes juifs, l'étant lui-même. Ecoeuré par la politique raciale et culturelle pronée par Adolf Hitler et inscrit au titre d'artiste de l'art dégénéré, Liebermann s'éteint le 8 février 1935 à Berlin. sa femme, Martha Liebermann, épousée en 1884, se suicide en 1943, à quelques heures d'être déportée par la police allemande vers le camp de concentration de Theresienstadt.
Les nus de Liebermann s'inscrivent dans la mouvence impressionniste, bien qu'on y retrouve parfois des accents naturalistes hérités de ses voyages aux Pays-Bas. Et s'il a peint une oeuvre au sujet biblique, ses tableaux sont plus dirigés vers la représentation de baigneurs. La mer semble avoir toujours un pouvoir attractif sur Max Liebermann. Pourtant, il est troublant de noter les similitudes de choix entre les baigneurs de Liebermann et ceux de Henry Tuke (cf notre article : http://anakedworld.canalblog.com/archives/le_nu_en_peinture/p10-0.html) sans pour autant que les motivations soient les mêmes.
LES NUS D'ANTOINE WATTEAU
Curieux, secret et éphémère peintre que fut Antoine Watteau. Trop souvent, le grand public ramène Watteau à la seule oeuvre de "Pierrot", la plus connue. Si la vie d'Antoine Watteau fut courte (il est décédé le 18 juillet 1721 à Paris à l'âge de 37 ans seulement), son oeuvre est beaucoup plus importante et elle a surtout marqué une génération de peintres. Les spécialistes s'accordent à dire que sa peinture a été le premisce du style impressionniste.
Antoine Watteau a été durablement marqué par le monde et l'ambiance du théâtre, après avoir été l'élève de Claude Gillot, peintre et décorateur de théâtre, entre 1703 et 1708. Les relations entre les deux hommes vont rapidement se dégrader mais Watteau gardera toujours une profonde reconnaissance pour celui qui l'a révélé. Rapidement, Watteau s'éprend des scènes de théâtres, des fantaisies galantes, des arabesques à figurine, des mythologies et des singeries. Ce sera un univers récurant chez l'artiste, tant et si bien que l'Académie royale de peinture va créer pour lui "la fantaisie galante".
De g à d : Homme assis (1716) - Homme nu aux bouteilles (1715-1716) - Esquisse pour Jupiter et Antiope
Etudier et regarder de plus près les oeuvres de Watteau, c'est aussi y distinguer mille et un détails, finement observés dans les vies mondaines et rustiques qui seront la toile de fond de ces tableaux. On y perçoit néanmoins un romantisme et une sorte de mélancolie récurantes. Derrière les fêtes galantes, leurs légèretés, leurs futilités, les personnages sont souvent tristes, mélancoliques et secrets. Mais la finesse des corps et des visages dénotent une certaine sensualité qui se retrouvent aussi dans ses nus. Malheureusement, il existe peu de témoignages sur ses travaux, de son vivant. Mort jeune, on l'a dit, à 37 ans, on ne peut s'appuyer que sur la biographie du peintre écrite par Anne-Claude-Philippe, comte de Caylus, devenu son ami (Vies de Mignard, Lemoine, Bouchardon, Watteau).
De g à d : Le jugement de Paris (1720) - Femme nue de dos - Femme nue au bras droit levé (1717)
Comme l'a superbement écrit Samuel Rocheblave ("Chapitre XV : l'art français du XVIIIe siècle dans ses rapports avec la littérature français", dans "Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, tome VI") : "Il peint ce temps comme il le voit, comme il le sent. Chez lui le désir se voile, le plaisir se spiritualise. Ses toiles disent partout la caresse, nulle part la possession. A quelle distance n'est-il pas de la petite poésie sèche d'un Lafare et d'un Chaulieu! Combien plus éloigné encore de la molle peinture de Boucher, et de ses grâces qui sentent le mauvais lieu! Watteau a mêlé son âme pensive à ces joies, à ces fêtes dont le chatoyant spectacle était le régal de ses yeux d'artiste. [...] Ses ébauches, ses croquis, dont beaucoup sont perdus dans des recueils rarissimes, forment le kaléidoscope le plus varié, le plus pétillant : pierrots et pierrettes, soubrettes et grandes dames, minois mutins, nuques penchées ou relevées, nez retroussés ou grands yeux songeurs, postures accroupies, couchées, plis d'un manteau, manches traînantes ou relevées, jambes coquettes posées sur de hauts talons, tailles cambrées, jeunes garçons, petits marquis ou gens de la rue, têtes crépues de négrillons, tous les cent aspects de la vie qui marche, trotte, cause, salue, sourit, sont enregistrés là, d'un coup de crayon large, net, décisif. Tout y a la finesse, la légèreté, la prestesse, marques de la race et du temps."
Diane au bain - Diane au bain (1716) - Flora (1715) - Printemps
Et si Watteau "a renouvelé la grâce" (Edmond de Goncourt), on ne peut que s'interroger sur les femmes nues représentées en peinture ou en dessin : la plupart du temps de dos, la tête légèrement inclinée, dévoilant une nuque gracile. On s'interroge d'autant plus que les silhouettes sont assez similaires d'une oeuvre à une autre. Représentation formatée de la femme ou représentation perpétuelle de la même femme (thèse retenue pour le film "Ce que mes yeux ont vu" avec JP Marielle et Sandrine Testud) ? Ou encore le fait de retrouver la même femme nue, allongée, que l'on retrouve dans la même position dans les tableaux "Jupiter et Antiope" (1715) et "Les Champs-Elysées" (1717) ? Pourquoi trouve-t-on une femme nue aux positions quasiment similaires dans "Diane au bain" et "Flora" ? Sujets d'une même période où Watteau "copie" son sujet féminin une, deux ou trois fois selon les tableaux ?
Exemple 1 : Les "nus répétés" dans deux tableaux différents
A g. "Les fêtes galantes" et à d. "Embarquement pour Cythère"
A g. "Amusements champêtres" (1717) et à d. "Leçon d'amour" (1718)
A g. "Jupiter et Antiope" (1715) et à d. "Les Champs Elysées" (1717)
Exemple 2 : Nus différents dans une même composition
A g. "Les Champs Elysées" et à d. "Amusements champêtres" (tous deux en 1717)
Enfin, nous sommes troublés par l'attrait de certaines scènes féminines, telles que "la toilette intime", que Watteau a peint avec force précision. Le spectateur assiste, voyeur malgré lui, à une séance de lavement où les détails sont perceptibles. Autant de questions qui resteront sans doute sans réponses, laissant aux nus de Watteau toutes leurs interrogations et tous leurs mystères sensuels.
Exemple 3 : Répétition d'un nu féminin
De g. à d. : Nu féminin (esquisse) - Nu au sofa (1716) - La toilette (1717) - Le lever (1718)
"Le remède" (1716-1717)
"La toilette intime" - "L'amour désarmé"
LES NUS DE MICKI McCLELLAND
Découvrons aujourd'hui les nus de Micki McClelland, auteur et peintre américaine, plusieurs fois publiée, et dont les oeuvres sont exposées à la Bumpgate Gallery (Texas, Etats-Unis).
http://www.thebumpgategroup.com/
GUSTAVE MOREAU : LE NU SYMBOLIQUE
Gustave Moreau appartient sans aucun doute au panthéon des peintres français. La richesse de son patrimoine artistique (environ 850 peintures ou cartons, 350 aquarelles et plus de 13 000 dessins et calques) impose fatalement le respect à un artiste hautement prolifique. Concernant son oeuvre, Moreau est un peintre du mouvement symbolique, apparu vers 1870, en réponse au naturalisme. Mais le Symbolisme englobe plusieurs branches artistiques : peinture (Klimt, Delville, Whistler), sculpture (Georges Minne), poésie (Mallarmé, de Gourmont, Moréas, Valéry, Raimbaud), littérature (Apollinaire, Baudelaire, Wilde, Proust, Breton), ou encore la musique (Debussy).
D'un point de vue de la peinture, le Symbolisme emprunte énormément à la mythologie gréco-romaine, où les sujets, nimbés et évanescents ont des allures spectrales. Ces univers mystiques ne sont pas loin d'un certain surréalisme. D'ailleurs, Emile Zola, assez détracteur de la peinture de Moreau, a écrit à ce sujet : "Il peint ses rêves, non des rêves simples et naïfs comme nous en en faisons tous, mais des rêves sophistiqués, compliqués, énigmatiques, où on ne se retrouve pas tout de suite" (Saint-Pétersbourg, 1876). Il faut dire que pour l'apôtre des romans sociaux, extrêmement terre à terre et d'une scénographie fortement détaillée, les scènes de Moreau apparaissent comme élitistes, surréalistes et codées pour qui n'a pas lu la mythologie gréco-romaine.
De g. à d. : La licorne (1885) - Le chant des chants (1893) - Prométhée (1888) - Saint Sébastien (1883)
Né le 6 avril 1826 à Paris, Gustave Moreau va être le chantre de ce mouvement symbolique. A l'âge de dix ans, son père, architecte, lui offre une édition en deux volumes comprenant Dante, Homère, Hésiode et les tragédiens grecs de l'Antiquité, livres illustrés par les gravures de l'anglais John Flaxman. Il en sera indubitablement marqué à vie. A partir de 1841, il va énormément voyager, notamment en Italie où ses nombreux séjours lui permettent de se "nourrir" de la peinture de la Renaissance. Il peut passer plusieurs mois à Rome, Florence ou Venise à copier les oeuvres majeures de l'art italien. En 1846, il entre comme élève aux Beaux-Arts de Paris qu'il quitte trois ans plus tard, après son second échec au Prix de Rome. Il se lie avec Théodore Chassériau et s'installe dans son atelier de la rue de La Rochefoucauld. De 1857 à 1858, il effectue un second séjour en Italie, époque à laquelle il se lie d'amitié avec le jeune Edgar Degas. En 1869, il expose deux toiles au Salon Officiel. S'il y remporte une médaille, Gustave Moreau se fait, en revanche, sévèrement étrillé par la critique du moment. Vexé, Moreau n'exposera plus jusqu'en 1876. Mais sa vie est faite d'à-coups : à chaque réussite succède un revers. Il est connu et détracté en même temps. La mort de sa mère en 1884, deux ans près son échec à l'entrée à l'Académie des Beaux-Arts le plonge dans une profonde dépression.
De g. à d. : Léda (1875) - Messaline (1874) - La nuit (1880) - Galatée - Eve
Enfin, en 1888, il est élu à l'Académie des Beaux-Arts dont il devient professeur quatre ans plus tard. Rapidement, il s'entoure d'élèves qui se feront un nom dans la peinture : Henri Matisse, Georges Rouault, Edgar Maxence.
Passionné par la mythologie et possédant une pointe de mysticisme en lui, Gustave Moreau adhère rapidement au symbolisme. Bien qu'éloigné loin des peintures orientales d'un Delacroix, Moreau intègre souvent dans ses tableaux des motifs exotiques et orientaux. Quant aux sujets des oeuvres de Moreau, ils s'incrivent dans une forme de "romantisme symbolique". Les nus y sont omniprésents, tant chez les hommes que chez les femmes, à la sensualité mystérieuse en demi-teinte ou en demi-ton, toujours dans une nature luxuriante, aux paysages imprécis.
Les licornes (1885) - Poète mort porté par un centaure (1890)
Les corps ont des silhouettes allongées (comme le sont celles du Greco) mais point tourmentées. Les formes sont souvent généreuses, les peaux laiteuses chez les femmes et légèrement jaunes chez les hommes. Détail particulier : les sujets féminins (visage, corps, seins) sont quasiment ressemblants d'un tableau à l'autre, comme si Moreau avait acquis un seul dessin féminin. Les nudités se ressemblent mais ne lassent pas. Quant aux nudités masculines, on pourrait les qualifier de "presque androgyne", tant on retrouve le modèle féminin.
Nous l'avons vu plus haut, Zola est le premier détracteur de Moreau. En 1884, Huysmans, à son tour, consacre un chapitre de son roman "A rebours" où, par la voix de son héros, Des Esseintes, il va fustiger le tableau de Moreau, "Salomé" : "Salomé evolue, triomphale et à moitié nue, au gré de ses bijoux sonores qui "crachent des étincelles". Ses seins rose thé et son ventre ondulant sont le châssis nécessaire à la rivière d'émeraude, à l'or tourbillonnant : le naturel est un prétexte à l'artifice."
Salomé dansant devant Hérodote
Variations autour de Salomé
Il est un point relévé par de nombreux artistes ou spécialistes de la peinture de Moreau, c'est la charge émotionnelle et érotique contenue dans les sujets féminins de Moreau; A ce sujet, André Breton dira : "Ma découverte, à l'âge de seize ans, du musée Gustave-Moreau influença définitivement mon idée de l'amour.La beauté et l'amour me furent alors rélévés là, par le biais de quelques visages, les poses de quelques femmmes." Pour ceux qui ont étudié la peinture de Moreau, ils pointent le choix de "femmes fatales" ou tentatrices, diaboliques. Les sujets retenus portent en eux la mort directement ou indirectement dans l'histoire choisie, mythologique ou biblique : Hélène de Troie, Salomé, Bethsabée, Médée, Léda, Eve... On pourrait se poser la question de ces choix, de la relation qu'avait Moreau avec les femmes, avec sa mère. Intéressant certes pour les disciples de Freud, mais hors de propos dans le présent article.
Gustave Moreau s'éteint le 18 avril 1898 à Paris et lègue à la ville son atelier, situé 14 rue de La Rochefoucauld, lequel est aujourd'hui devenu le Musée Gustave Moreau.
Hésiode et la muse (1891) - Hésiode et les muses (1860) - Jason et Médée (1865) - Le sphinx (1886)
Hercule et l'hydre de Lerne - Le lion amoureux - Europe et le taureau - Etude pour Hercule
Bethsabée - La naissance de Vénus - Pasiphaé
Les filles de Thespius (1853)
*> Musée Gustave Moreau : www.musee-moreau.fr
LES NUS DE AKSELI GALLEN-KALLELA
S'il n'est pas le peintre le plus connu ou le plus médiatisé de son temps, Gallen-Kallela est néanmoins le peintre le plus connu de Finlande. Né à Pori le 26 mai 1865, aux confins de la frontière finno-suédoise, Akseli Gallen-Kallela grandit sous l'autorité de son père, Peter Gallen, chef de la police de la ville. Dès son plus jeune âge, Akseli veut devenir peintre mais se heurte au refus catégorique de son père. A la mort de ce dernier, en 1879, Akseli entre à l'école des Beau-Arts d'Helsinki.
En 1884, Akseli Gallen-Kallela se rend à Paris, à l'Académie Julian où il se lie d'amitié avec d'autres artistes scandinaves : les peintres Albert Edelfelt et Adam Dörnberger, l'écrivain August Strindberg. En 1890, Gallen-Kallela épouse Maru Sloör, mariage qui va avoir une grande incidence sur la vie d'Akseli : tout d'abord en devenant père à trois reprises puis, en découvrant, lors de son voyage de noces en Carélie Orientale, le Kalevala, livre comprenant un poème épique contenant toutes les légendes de la nation finlandaise (écrit en 1835 par Elias Lönnrot). Gallen-Kallela va illustrer alors plusieurs toiles à partir de ces textes, romantiques à souhait, colorées et largement illustrées.
Malheureusement, en mars 1895, alors que son succès va croissant, Akseli Gallen-Kallela est informé de la mort de sa fille aînée, Impi Marjatta, décédée de la diphtérie. Cette perte douloureuse va lourdement influer sur les toiles à venir du peintre : si elles restent très colorées, leurs sujets sont en revanche plus "agressifs", où l'idée et la représentation de la mort ne sont jamais très loin.
En 1900, il participe à la décoration du pavillon finlandais érigé dans le cadre de l'exposition universelle qui se tient à Paris. C'est également à partir de cette époque que les prises de positions politiques de l'artiste s'affirment clairement. Dans une de ses freques, représentant Ilmarinen labourant dans un champ de vipères, on peut clairement distinguer un des vipères portant la couronne des Romanov. L'allusion est des plus claires : Gallen-Kallela milite à sa manière pour obtenir l'indépendance de son pays, alors occupé par l'empire russe des Romanov.
La mère de Lemminkäinen (1897)
Entre 1909 et 1911, Akseli tente une expatriation en Afrique Orientale Britannique (actuel Kenya), avec sa famille. Mais au bout de vingt-quatre mois d'exil volontaire, le peintre réalise que seule la Finlande l'inspire vraiment. Il retourne donc à Helsinki en 1911. En 1918, avec son fils Jorma, Gallen-Kallela participe à la guerre d'indépendance finlandaise. C'est à lui que fait appel le général Mannerheim, régent de la nouvelle république finlandaise, pour dessiner le drapeau national, les emblèmes, décorations et uniformes de la jeune Finlande indépendante. Comble d'honneurs, un an plus tard, Gallen-Kallela est nommé aide-de-camp du général Mannerheim.
Le général Mannerheim, régent de Finlande (1918)
A partir de 1925, Akseli entame ses illustrations pour son "Grand Kalevala". La mort le surprend à Stockholm le 07 mars 1931, de retour du Danemark, laissant son oeuvre inachevée.
En 1961, sa maison de Tarvaspää est érigée en musée à la mémoire du peintre mais aussi en lieu de recherches sur son oeuvre.
Peintre expressionniste de la mouvance du "national-romantisme", illustrateur de talent, Gallen-Kallela sort plus ou moins transformé de son séjour à Paris, découvrant la vie de bohême qui est celle du Paris de la fin du XIXe siècle. Ses nus peuvent se classer en deux périodes : celle de Paris et celle du Kalevala, juste après la mort de sa fille. Les "nus de Paris" sont très proches des descriptions d'intérieurs de maison. On y découvre la vie sociale et morale de Paris mais aussi de la Finlande au travers de la représentation de nus au sauna, institution sociale incontournable de la société finnoise.
Les nus de la seconde période, celle du Kalevala, sont plus secs (rappelant quelque peu Le Greco), noueux ou flasques, tourmentés à l'image des personnages. Il y a de la gravité en eux et les nus s'apparentent au désarroi de ses sombres héros, livrés à eux-mêmes, leur nudité illustrant la détresse, la tristesse ou l'abandon d'une vie.

































































































































