26 août 2009
LES NUS DE MAX LIEBERMANN
Né en 1847 à Berlin, fils d'un homme d'affaires juif, Max Libermann fait des études de droit puis suit les cours de l'université de Berlin. Pourtant, à partir de 1869, Max Liebermann se tourne vers la peinture et le dessin, d'abord à Weimar, puis à Paris à partir de 1872 et jusqu'en 1878. On le retrouve aussi aux Pays-Bas entre 1876 et 1877. Il s'installe quelques temps à Munich avant de revenir définitivement à Berlin en 1884.
De son séjour parisien, Liebermann garde le goût de l'impressionnisme dont il devient le chef de file allemand. D'abord peintre représentant des scènes de la vie bourgeoise allemande, Liebermann se fait aussi connaître pour ses talents de portraitiste. De 1899 à 1911, il préside la Berliner Secession, association artistique regroupant des artistes de Berlin qui s'oppose au conservatisme de l'Association des Artistes de Berlin.
Lorsque la Première Guerre Mondiale se déclenche, Liebermann est l'un des signataires du Manifeste des 93 (http://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_des_93) dans lequel le mouvement des artistes et intellectuels allemands soutiennent le Kaiser Guillaume II, accusé d'atrocités militaires pendant la campagne de Belgique. En 1920, il connait sa consécration en devenant président de l'Académie des Arts de Prusse. Mais la montée du nazisme l'oblige à démissionner en 1933 lorsqu'il devient interdit d'exposer leurs oeuvres aux artistes juifs, l'étant lui-même. Ecoeuré par la politique raciale et culturelle pronée par Adolf Hitler et inscrit au titre d'artiste de l'art dégénéré, Liebermann s'éteint le 8 février 1935 à Berlin. sa femme, Martha Liebermann, épousée en 1884, se suicide en 1943, à quelques heures d'être déportée par la police allemande vers le camp de concentration de Theresienstadt.
Les nus de Liebermann s'inscrivent dans la mouvence impressionniste, bien qu'on y retrouve parfois des accents naturalistes hérités de ses voyages aux Pays-Bas. Et s'il a peint une oeuvre au sujet biblique, ses tableaux sont plus dirigés vers la représentation de baigneurs. La mer semble avoir toujours un pouvoir attractif sur Max Liebermann. Pourtant, il est troublant de noter les similitudes de choix entre les baigneurs de Liebermann et ceux de Henry Tuke (cf notre article : http://anakedworld.canalblog.com/archives/le_nu_en_peinture/p10-0.html) sans pour autant que les motivations soient les mêmes.
24 juillet 2009
LES NUS DE FLORA MERLEAU
Clin d'oeil à l'oeuvre de Flora Merleau, peintre nantaise, dont les nus nous gratifient de personnages aux couleurs chatoyantes et aux formes généreuses.
Le site >>> http://atelierdeflora.unblog.fr/
26 juin 2009
LES NUS D'ANTOINE WATTEAU
Curieux, secret et éphémère peintre que fut Antoine Watteau. Trop souvent, le grand public ramène Watteau à la seule oeuvre de "Pierrot", la plus connue. Si la vie d'Antoine Watteau fut courte (il est décédé le 18 juillet 1721 à Paris à l'âge de 37 ans seulement), son oeuvre est beaucoup plus importante et elle a surtout marqué une génération de peintres. Les spécialistes s'accordent à dire que sa peinture a été le premisce du style impressionniste.
Antoine Watteau a été durablement marqué par le monde et l'ambiance du théâtre, après avoir été l'élève de Claude Gillot, peintre et décorateur de théâtre, entre 1703 et 1708. Les relations entre les deux hommes vont rapidement se dégrader mais Watteau gardera toujours une profonde reconnaissance pour celui qui l'a révélé. Rapidement, Watteau s'éprend des scènes de théâtres, des fantaisies galantes, des arabesques à figurine, des mythologies et des singeries. Ce sera un univers récurant chez l'artiste, tant et si bien que l'Académie royale de peinture va créer pour lui "la fantaisie galante".
De g à d : Homme assis (1716) - Homme nu aux bouteilles (1715-1716) - Esquisse pour Jupiter et Antiope
Etudier et regarder de plus près les oeuvres de Watteau, c'est aussi y distinguer mille et un détails, finement observés dans les vies mondaines et rustiques qui seront la toile de fond de ces tableaux. On y perçoit néanmoins un romantisme et une sorte de mélancolie récurantes. Derrière les fêtes galantes, leurs légèretés, leurs futilités, les personnages sont souvent tristes, mélancoliques et secrets. Mais la finesse des corps et des visages dénotent une certaine sensualité qui se retrouvent aussi dans ses nus. Malheureusement, il existe peu de témoignages sur ses travaux, de son vivant. Mort jeune, on l'a dit, à 37 ans, on ne peut s'appuyer que sur la biographie du peintre écrite par Anne-Claude-Philippe, comte de Caylus, devenu son ami (Vies de Mignard, Lemoine, Bouchardon, Watteau).
De g à d : Le jugement de Paris (1720) - Femme nue de dos - Femme nue au bras droit levé (1717)
Comme l'a superbement écrit Samuel Rocheblave ("Chapitre XV : l'art français du XVIIIe siècle dans ses rapports avec la littérature français", dans "Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, tome VI") : "Il peint ce temps comme il le voit, comme il le sent. Chez lui le désir se voile, le plaisir se spiritualise. Ses toiles disent partout la caresse, nulle part la possession. A quelle distance n'est-il pas de la petite poésie sèche d'un Lafare et d'un Chaulieu! Combien plus éloigné encore de la molle peinture de Boucher, et de ses grâces qui sentent le mauvais lieu! Watteau a mêlé son âme pensive à ces joies, à ces fêtes dont le chatoyant spectacle était le régal de ses yeux d'artiste. [...] Ses ébauches, ses croquis, dont beaucoup sont perdus dans des recueils rarissimes, forment le kaléidoscope le plus varié, le plus pétillant : pierrots et pierrettes, soubrettes et grandes dames, minois mutins, nuques penchées ou relevées, nez retroussés ou grands yeux songeurs, postures accroupies, couchées, plis d'un manteau, manches traînantes ou relevées, jambes coquettes posées sur de hauts talons, tailles cambrées, jeunes garçons, petits marquis ou gens de la rue, têtes crépues de négrillons, tous les cent aspects de la vie qui marche, trotte, cause, salue, sourit, sont enregistrés là, d'un coup de crayon large, net, décisif. Tout y a la finesse, la légèreté, la prestesse, marques de la race et du temps."
Diane au bain - Diane au bain (1716) - Flora (1715) - Printemps
Et si Watteau "a renouvelé la grâce" (Edmond de Goncourt), on ne peut que s'interroger sur les femmes nues représentées en peinture ou en dessin : la plupart du temps de dos, la tête légèrement inclinée, dévoilant une nuque gracile. On s'interroge d'autant plus que les silhouettes sont assez similaires d'une oeuvre à une autre. Représentation formatée de la femme ou représentation perpétuelle de la même femme (thèse retenue pour le film "Ce que mes yeux ont vu" avec JP Marielle et Sandrine Testud) ? Ou encore le fait de retrouver la même femme nue, allongée, que l'on retrouve dans la même position dans les tableaux "Jupiter et Antiope" (1715) et "Les Champs-Elysées" (1717) ? Pourquoi trouve-t-on une femme nue aux positions quasiment similaires dans "Diane au bain" et "Flora" ? Sujets d'une même période où Watteau "copie" son sujet féminin une, deux ou trois fois selon les tableaux ?
Exemple 1 : Les "nus répétés" dans deux tableaux différents
A g. "Les fêtes galantes" et à d. "Embarquement pour Cythère"
A g. "Amusements champêtres" (1717) et à d. "Leçon d'amour" (1718)
A g. "Jupiter et Antiope" (1715) et à d. "Les Champs Elysées" (1717)
Exemple 2 : Nus différents dans une même composition
A g. "Les Champs Elysées" et à d. "Amusements champêtres" (tous deux en 1717)
Enfin, nous sommes troublés par l'attrait de certaines scènes féminines, telles que "la toilette intime", que Watteau a peint avec force précision. Le spectateur assiste, voyeur malgré lui, à une séance de lavement où les détails sont perceptibles. Autant de questions qui resteront sans doute sans réponses, laissant aux nus de Watteau toutes leurs interrogations et tous leurs mystères sensuels.
Exemple 3 : Répétition d'un nu féminin
De g. à d. : Nu féminin (esquisse) - Nu au sofa (1716) - La toilette (1717) - Le lever (1718)
"Le remède" (1716-1717)
"La toilette intime" - "L'amour désarmé"
08 juin 2009
LES NUS DE MICKI McCLELLAND
Découvrons aujourd'hui les nus de Micki McClelland, auteur et peintre américaine, plusieurs fois publiée, et dont les oeuvres sont exposées à la Bumpgate Gallery (Texas, Etats-Unis).
http://www.thebumpgategroup.com/
26 août 2008
GUSTAVE MOREAU : LE NU SYMBOLIQUE
Gustave Moreau appartient sans aucun doute au panthéon des peintres français. La richesse de son patrimoine artistique (environ 850 peintures ou cartons, 350 aquarelles et plus de 13 000 dessins et calques) impose fatalement le respect à un artiste hautement prolifique. Concernant son oeuvre, Moreau est un peintre du mouvement symbolique, apparu vers 1870, en réponse au naturalisme. Mais le Symbolisme englobe plusieurs branches artistiques : peinture (Klimt, Delville, Whistler), sculpture (Georges Minne), poésie (Mallarmé, de Gourmont, Moréas, Valéry, Raimbaud), littérature (Apollinaire, Baudelaire, Wilde, Proust, Breton), ou encore la musique (Debussy).
D'un point de vue de la peinture, le Symbolisme emprunte énormément à la mythologie gréco-romaine, où les sujets, nimbés et évanescents ont des allures spectrales. Ces univers mystiques ne sont pas loin d'un certain surréalisme. D'ailleurs, Emile Zola, assez détracteur de la peinture de Moreau, a écrit à ce sujet : "Il peint ses rêves, non des rêves simples et naïfs comme nous en en faisons tous, mais des rêves sophistiqués, compliqués, énigmatiques, où on ne se retrouve pas tout de suite" (Saint-Pétersbourg, 1876). Il faut dire que pour l'apôtre des romans sociaux, extrêmement terre à terre et d'une scénographie fortement détaillée, les scènes de Moreau apparaissent comme élitistes, surréalistes et codées pour qui n'a pas lu la mythologie gréco-romaine.
De g. à d. : La licorne (1885) - Le chant des chants (1893) - Prométhée (1888) - Saint Sébastien (1883)
Né le 6 avril 1826 à Paris, Gustave Moreau va être le chantre de ce mouvement symbolique. A l'âge de dix ans, son père, architecte, lui offre une édition en deux volumes comprenant Dante, Homère, Hésiode et les tragédiens grecs de l'Antiquité, livres illustrés par les gravures de l'anglais John Flaxman. Il en sera indubitablement marqué à vie. A partir de 1841, il va énormément voyager, notamment en Italie où ses nombreux séjours lui permettent de se "nourrir" de la peinture de la Renaissance. Il peut passer plusieurs mois à Rome, Florence ou Venise à copier les oeuvres majeures de l'art italien. En 1846, il entre comme élève aux Beaux-Arts de Paris qu'il quitte trois ans plus tard, après son second échec au Prix de Rome. Il se lie avec Théodore Chassériau et s'installe dans son atelier de la rue de La Rochefoucauld. De 1857 à 1858, il effectue un second séjour en Italie, époque à laquelle il se lie d'amitié avec le jeune Edgar Degas. En 1869, il expose deux toiles au Salon Officiel. S'il y remporte une médaille, Gustave Moreau se fait, en revanche, sévèrement étrillé par la critique du moment. Vexé, Moreau n'exposera plus jusqu'en 1876. Mais sa vie est faite d'à-coups : à chaque réussite succède un revers. Il est connu et détracté en même temps. La mort de sa mère en 1884, deux ans près son échec à l'entrée à l'Académie des Beaux-Arts le plonge dans une profonde dépression.
De g. à d. : Léda (1875) - Messaline (1874) - La nuit (1880) - Galatée - Eve
Enfin, en 1888, il est élu à l'Académie des Beaux-Arts dont il devient professeur quatre ans plus tard. Rapidement, il s'entoure d'élèves qui se feront un nom dans la peinture : Henri Matisse, Georges Rouault, Edgar Maxence.
Passionné par la mythologie et possédant une pointe de mysticisme en lui, Gustave Moreau adhère rapidement au symbolisme. Bien qu'éloigné loin des peintures orientales d'un Delacroix, Moreau intègre souvent dans ses tableaux des motifs exotiques et orientaux. Quant aux sujets des oeuvres de Moreau, ils s'incrivent dans une forme de "romantisme symbolique". Les nus y sont omniprésents, tant chez les hommes que chez les femmes, à la sensualité mystérieuse en demi-teinte ou en demi-ton, toujours dans une nature luxuriante, aux paysages imprécis.
Les licornes (1885) - Poète mort porté par un centaure (1890)
Les corps ont des silhouettes allongées (comme le sont celles du Greco) mais point tourmentées. Les formes sont souvent généreuses, les peaux laiteuses chez les femmes et légèrement jaunes chez les hommes. Détail particulier : les sujets féminins (visage, corps, seins) sont quasiment ressemblants d'un tableau à l'autre, comme si Moreau avait acquis un seul dessin féminin. Les nudités se ressemblent mais ne lassent pas. Quant aux nudités masculines, on pourrait les qualifier de "presque androgyne", tant on retrouve le modèle féminin.
Nous l'avons vu plus haut, Zola est le premier détracteur de Moreau. En 1884, Huysmans, à son tour, consacre un chapitre de son roman "A rebours" où, par la voix de son héros, Des Esseintes, il va fustiger le tableau de Moreau, "Salomé" : "Salomé evolue, triomphale et à moitié nue, au gré de ses bijoux sonores qui "crachent des étincelles". Ses seins rose thé et son ventre ondulant sont le châssis nécessaire à la rivière d'émeraude, à l'or tourbillonnant : le naturel est un prétexte à l'artifice."
Salomé dansant devant Hérodote
Variations autour de Salomé
Il est un point relévé par de nombreux artistes ou spécialistes de la peinture de Moreau, c'est la charge émotionnelle et érotique contenue dans les sujets féminins de Moreau; A ce sujet, André Breton dira : "Ma découverte, à l'âge de seize ans, du musée Gustave-Moreau influença définitivement mon idée de l'amour.La beauté et l'amour me furent alors rélévés là, par le biais de quelques visages, les poses de quelques femmmes." Pour ceux qui ont étudié la peinture de Moreau, ils pointent le choix de "femmes fatales" ou tentatrices, diaboliques. Les sujets retenus portent en eux la mort directement ou indirectement dans l'histoire choisie, mythologique ou biblique : Hélène de Troie, Salomé, Bethsabée, Médée, Léda, Eve... On pourrait se poser la question de ces choix, de la relation qu'avait Moreau avec les femmes, avec sa mère. Intéressant certes pour les disciples de Freud, mais hors de propos dans le présent article.
Gustave Moreau s'éteint le 18 avril 1898 à Paris et lègue à la ville son atelier, situé 14 rue de La Rochefoucauld, lequel est aujourd'hui devenu le Musée Gustave Moreau.
Hésiode et la muse (1891) - Hésiode et les muses (1860) - Jason et Médée (1865) - Le sphinx (1886)
Hercule et l'hydre de Lerne - Le lion amoureux - Europe et le taureau - Etude pour Hercule
Bethsabée - La naissance de Vénus - Pasiphaé
Les filles de Thespius (1853)
*> Musée Gustave Moreau : www.musee-moreau.fr
29 mai 2008
LES NUS DE AKSELI GALLEN-KALLELA
S'il n'est pas le peintre le plus connu ou le plus médiatisé de son temps, Gallen-Kallela est néanmoins le peintre le plus connu de Finlande. Né à Pori le 26 mai 1865, aux confins de la frontière finno-suédoise, Akseli Gallen-Kallela grandit sous l'autorité de son père, Peter Gallen, chef de la police de la ville. Dès son plus jeune âge, Akseli veut devenir peintre mais se heurte au refus catégorique de son père. A la mort de ce dernier, en 1879, Akseli entre à l'école des Beau-Arts d'Helsinki.
En 1884, Akseli Gallen-Kallela se rend à Paris, à l'Académie Julian où il se lie d'amitié avec d'autres artistes scandinaves : les peintres Albert Edelfelt et Adam Dörnberger, l'écrivain August Strindberg. En 1890, Gallen-Kallela épouse Maru Sloör, mariage qui va avoir une grande incidence sur la vie d'Akseli : tout d'abord en devenant père à trois reprises puis, en découvrant, lors de son voyage de noces en Carélie Orientale, le Kalevala, livre comprenant un poème épique contenant toutes les légendes de la nation finlandaise (écrit en 1835 par Elias Lönnrot). Gallen-Kallela va illustrer alors plusieurs toiles à partir de ces textes, romantiques à souhait, colorées et largement illustrées.
Malheureusement, en mars 1895, alors que son succès va croissant, Akseli Gallen-Kallela est informé de la mort de sa fille aînée, Impi Marjatta, décédée de la diphtérie. Cette perte douloureuse va lourdement influer sur les toiles à venir du peintre : si elles restent très colorées, leurs sujets sont en revanche plus "agressifs", où l'idée et la représentation de la mort ne sont jamais très loin.
En 1900, il participe à la décoration du pavillon finlandais érigé dans le cadre de l'exposition universelle qui se tient à Paris. C'est également à partir de cette époque que les prises de positions politiques de l'artiste s'affirment clairement. Dans une de ses freques, représentant Ilmarinen labourant dans un champ de vipères, on peut clairement distinguer un des vipères portant la couronne des Romanov. L'allusion est des plus claires : Gallen-Kallela milite à sa manière pour obtenir l'indépendance de son pays, alors occupé par l'empire russe des Romanov.
La mère de Lemminkäinen (1897)
Entre 1909 et 1911, Akseli tente une expatriation en Afrique Orientale Britannique (actuel Kenya), avec sa famille. Mais au bout de vingt-quatre mois d'exil volontaire, le peintre réalise que seule la Finlande l'inspire vraiment. Il retourne donc à Helsinki en 1911. En 1918, avec son fils Jorma, Gallen-Kallela participe à la guerre d'indépendance finlandaise. C'est à lui que fait appel le général Mannerheim, régent de la nouvelle république finlandaise, pour dessiner le drapeau national, les emblèmes, décorations et uniformes de la jeune Finlande indépendante. Comble d'honneurs, un an plus tard, Gallen-Kallela est nommé aide-de-camp du général Mannerheim.
Le général Mannerheim, régent de Finlande (1918)
A partir de 1925, Akseli entame ses illustrations pour son "Grand Kalevala". La mort le surprend à Stockholm le 07 mars 1931, de retour du Danemark, laissant son oeuvre inachevée.
En 1961, sa maison de Tarvaspää est érigée en musée à la mémoire du peintre mais aussi en lieu de recherches sur son oeuvre.
Peintre expressionniste de la mouvance du "national-romantisme", illustrateur de talent, Gallen-Kallela sort plus ou moins transformé de son séjour à Paris, découvrant la vie de bohême qui est celle du Paris de la fin du XIXe siècle. Ses nus peuvent se classer en deux périodes : celle de Paris et celle du Kalevala, juste après la mort de sa fille. Les "nus de Paris" sont très proches des descriptions d'intérieurs de maison. On y découvre la vie sociale et morale de Paris mais aussi de la Finlande au travers de la représentation de nus au sauna, institution sociale incontournable de la société finnoise.
Les nus de la seconde période, celle du Kalevala, sont plus secs (rappelant quelque peu Le Greco), noueux ou flasques, tourmentés à l'image des personnages. Il y a de la gravité en eux et les nus s'apparentent au désarroi de ses sombres héros, livrés à eux-mêmes, leur nudité illustrant la détresse, la tristesse ou l'abandon d'une vie.
05 mai 2008
LES NUS DE FRANCIS PICABIA
Peintre né d'une mère française et d'un père espagnol attaché à l'ambassade de Cuba à Paris (!), Francis Picabia voit le jour le 22 janvier 1879 à Paris. Après des études classiques, il étudie aux Beaux-Arts et aux Arts Décoratifs. C'est là qu'il épouse la cause des peintres de la nouvelle génération : peintres de Barbizon (Sisley et Pissaro), impressionnistes, cubistes et les abstraits. C'est d'ailleurs en s'essayant à ce mouvement, avec sa toile Caoutchouc, qu'il acquière sa première notoriété (1909).
En 1911, il rejoint le Groupe de Puteaux (artistes,peintres et écrivains liés à une branche du cubisme appelée "orphisme"). En 1913, il connaît son premier succès international lors de l'exposition de l'Armory Show de New York. Sa notoriété outre-atlantique croît en devenant le peintre avant-gardiste qui amène l'art moderne aux Etats-Unis. A partir de 1918, Francis Picabia se lie au mouvement dada (Tristan Tzara, André Breton). Avec Man Ray et Marcel Duchamp, Francis Picabia complète le trio dandy du Dadaïsme, lequel va durablement marqué son époque. Littéralement attiré par la nouveauté et les courants qui s'y rapportent, Picabia passe de l'un à l'autre, ne s'attachant pourtant à aucun d'entr'eux. A partir de 1921, il rompt avec ses anciens amis, devenant comme il le dit lui-même "anti-tout".
Au début des années 1940, Francis Picabia s'installe dans le sud de la France et son oeuvre prend une nouvelle tournure : il réalise plusieurs toiles de nus, réalisés à partir de photos glamours tirées de magazines. Cette période de création est particulièrement féconde pour l'artiste. Picabia "collectionne" en effet les aventures féminines comme il collectionne les voitures. ll s'approprie les photos, les sujets, ne les copiant pas mais les ré-adaptant à ses propres vues graphiques. Ses nus sont transformés selon son humeur : abstraite, cubique, fauve, etc... Il transforme une photo d'un magazine populaire ou porno en oeuvre d'art, au mépris de tous les mépris. Ses nus sont comme l'artiste : libres, décontextualisés sans être dénaturés, féminins sans être machistes.
Nu de dos et front de mer (1940)
Deux femmes aux pavots (1942-1944)
Sa liberté de création l'amène à s'essayer également à la photographie et au cinéma (il écrit des scénarios), et à la décoration (pour les Ballets Suédois). Sa passion pour l'automobile (il a une collection de 150 voitures en plus de 7 yachts !) l'amène quasiment au bord de la ruine. Pour vivre, il produit de petites toiles de tout genre artistique, parfois même inspiré de revues pornographiques. Au printemps 1949, à Paris, la galerie René-Drouin lui consacre une rétrospective. Atteint d'artériosclérose paralysante, Francis Picabia s'éteint le 30 novembre 1953 à Paris, laissant derrière lui une oeuvre aussi abondante, hétéroclite, diverse que flamboyante.
La danseuse de french-cancan (1942-1943)
25 avril 2008
ADAM ET EVE
Il est indéniable que le premier couple de l'Humanité et des religions à inspirer bon nombre d'artistes à travers les époques. Les nudités, toujours chastement opportunes, sont plus ou moins sensuelles, selon l'auteur et son commanditaire. Avis aux amateurs...
17 janvier 2008
FRANCOIS BOUCHER : LA NUDITE COURTISANE
Sujet rédigé par Blogmaster
François Boucher a été le peintre français le plus célèbre de son temps. Et aujourd'hui encore, il n'est pas rare de voir une de ses oeuvres être le symbole ou l'illustration du XVIIIe siècle : raffiné, frivole, mystique, polisson, dépravé, cultivé. Nous n'irons pas jusqu'à dire que son oeuvre a été décadente mais elle a été le reflet des tout et son contraire du siècle.
François Boucher par Gustav Lundberg (1741)
Né à Paris en 1703, fils de peintre, François Boucher connaît une carrière qui va prendre de l'importance de manière constante, d'élève-artiste à celle de peintre officiel de la cour. Récompensé du prestigieux Prix de Rome en 1720 (à 17 ans seulement), l'élève de Lemoyne devient ensuite pensionnaire de la Villa Médicis (Rome) entre 1725 et 1731. Boucher s'affirme déjà comme un peintre accompli, peignant notamment des pastorales ou des sujets mythiques, très en vogue à son époque. Sa virtuosité commence à le précéder.
Bourreau de travail, Boucher répond à toutes les demandes. Sa force est d'avoir un style qui plait à tout le monde mais aussi qui s'adapte parfaitement à la demande du moment. Le marché de la peinture, du dessin et de la gravure est extrêmement florissant à Paris comme à Versailles et la demande y est forte. Scènes mythologiques ou d'intérieurs bourgeois, portraits allégoriques ou nus extatiques, tout est bon : la nudité est complaisante, à peine ou complètement dévoilée, coquine ou divine selon le sujet retenu.
Retenons cet exemple de Léda et le Cygne, dont la représentation change selon l'artiste ou le commanditaire ? :
Pourtant, ne réduisons pas Boucher à un Machiavel sans scrupule de la peinture. L'artiste est décrit par ses contemporains comme gai, enjoué, homme de plaisir à la répartie plaisante, aimant le beau et la sensualité féminine.
En 1734, François Boucher se voit agréé à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture de Paris en tant que peintre d'Histoire. Trois ans plus tard, il y devient professeur ! Sa flatteuse réputation le fait désormais connaître à Versailles. François Boucher devient un protégé de Madame de Pompadour, maîtresse en titre du roi Louis XV. Ainsi va la vie de François Boucher, véritable touche-à-tout des arts : peinture, dessin, gravure, sculpture, tapisserie, porcelaine, toile de Jouy. Il exerce son art sur tous les supports. Sa clientèle augmente et touche la bourgeoise et la petite noblesse : avocats, juges, militaires... Il a ses entrées en cour grâce à ses relations avec Carl van Loo, alors peintre officiel de la Cour. Boucher participe à la décoration de l'Hôtel de Soubise (actuelles Archives de France) ainsi qu'à la chambre de la reine et des appartements du roi au château de Versailles.
Grâce à sa protectrice, Madame de Pompadour, François Boucher obtient un logement permanent au château de Versailles. Sa faveur en cour lui vaut d'être nommé par le roi Louis XV directeur des Manufactures de Beauvais et des Gobelins en 1755. La position sociale du peintre est définitivement établie. La marquise joue aussi un rôle de commanditaire. Boucher va lui créer plusieurs oeuvres pour ses appartements de Versailles ou pour ses châteaux de Bellevue et de Crécy.
La mort de Mme de Pompadour (avril 1764) ne marque pas la fin du crédit de François Boucher. Bien au contraire car Louis XV, non seulement lui conserve sa bienveillance, mais en plus, consécration suprême, en 1765, à la mort de Carl van Loo, le roi fait de François Boucher son premier peintre officiel de la Cour. Son activité ne faiblit pas, aidé en cela par Jean-Baptiste Deshays, son gendre, ou par Fragonard son élève. Seule sa mort au Louvre, le 30 mai 1770, met fin à une prolifique carrière.
Intéressons-nous à présent à l'oeuvre de Boucher, notamment ses nus. A ses débuts, Boucher construit sa réputation autour de sujets mythiques ou de pastorales à l'innoncence dévêtue qui font leur charme d'alors. Cette "polissonnerie picturale", dirons-nous, est dans l'air du temps. La fraîcheur des teintes se marie à la candeur des sujets.
Aurore - 1733 - National Gallery of Art de Washington
Diane sortant du bain - 1742 - Musée du Louvre
Danae après la chasse - 1745 - Musée Cognacq-Jay - Paris
Puis vient le temps des portraits et des nus courtisans, notamment sous l'égide de Mme de Pompadour et de la duchesse d'Orléans. Le siècle de Louis XV est alors connu pour les moeurs dissolus de la noblesse et de la cour. La nudité oscille entre beauté du temps et perversité notoire. Le "must" du moment est alors se faire représenter sous les traits d'héroïnes mythologiques, pastorales ou dans le plus simple appareil.
Madame de Pompadour sous les traits de Vénus à sa toilette - 1751
Marie-Louise O'Murphy (1737-1818), maîtresse de Louis XV - 1752
Sa capacité d'adaptation face à son commanditaire est stupéfiante et les traits de ses sujets peuvent se retrouver dans deux genres différents. Boucher est ainsi capable de peintre un intérieur bourgeois selon les codes du temps...
... et réaliser une peinture d'intérieur audacieuse à la polissonnerie bien appuyée :
Diderot, devenant le principal détracteur de Boucher à partir de 1761, dit de l'artiste qu'il n'est plus le peintre de "gentilles petites caillettes" mais l'artiste "qui passait sa vie avec des prostituées du plus bas étage." Le coup est rude. En effet, le style Boucher s'essouffle et son genre est maintenant dépassé : il reste un artiste talentueux mais on lui reproche des sujets trop parfaits, trop sensuels voire trop naïfs (notamment pour les sujets religieux). Les Madonnes sont candides et sensuelles à la fois, heurtant une clientèle janséniste, jésuite ou ultramontaine. La vague montante du néo-classicisme, plus rationnelle et plus réaliste, pousse déjà Boucher dans ses retranchements.
Vénus consolant l'Amour - 1751 - National Gallery of Art de Washington
Vulcain présentant à Vénus des armes pour Enée - Musée du Louvre
Vénus et Amour - 1742 - Gemäldegalerie de Berlin
Pourtant, François Boucher reste aujourd'hui encore l'inventeur de la pastorale et des nudités mythologiques qui feront sa légende dorée, de son vivant d'abord puis dans sa postérité à partir du XIXe siècle. Son oeuvre majeure se partage entre mythologie et religion dans laquelle nudité et sensualité seront toujours présentes. Mais le "mérite" de Boucher est d'avoir été le parfait miroir de son époque : entre puritanisme et libertinage, entre candeur et frivolité, entre raison et audace. Il a fait fortune grâce à un sens prononcé du réalisme, répondant parfaitement aux voeux de ses commanditaires (privés, publics ou religieux), adaptant son indéniable talent au besoin du moment. Et ses nus si particuliers, aux chairs généreuses et claires, restent encore la signature particulière de François Boucher, reconnaissable entre toute...
Etude de Vénus - 1751 - Hamburger Kunsthalle de Hambourg
Etude pour un nu féminin - 1763 - Musée des Beaux-Arts de Boston
Le sommeil de Vénus - 1734 - Musée Wallestein de New York
Les Grâces présidant à l'éducation de l'Amour - 1738 - Hôtel de Soubise à Paris
Hercule et Omphale - Musée Pouchkine - Moscou
Danae - Atheneum Museum of Finnish Art - Helsinki
09 décembre 2007
LES NUS CONTROVERSES DE WILLIAM BOUGUEREAU
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le peintre Adolphe-William Bouguereau n'aura pas laissé insensibles ses contemporains : porté aux nues par les uns, voué aux gémonies pour les autres; admiré de la grande bougeoisie, haï par une partie de ses pairs...
Il faut dire que l'oeuvre importante de l'artiste (pas moins de 820 tableaux et dessins repertoriés de par le monde, entre les musées publics et les collections privées), Bouguereau aura surtout été un artiste de son temps. Ses tableaux sont immédiatement identifiables de par leurs traits et la technique utilisée. Mais avant de s'interesser aux nus de Bouguereau, découvrons l'homme.
Né à La Rochelle le 30 novembre 1825 à La Rochelle, il est le fils d'un marchand de vins anglais établi à Bordeaux et d'une mère française, d'où son patronyme : Adolphe-William, même s'il prendra rapidement l'habitude de signer ses oeuvres "William Bouguereau". Il suit des cours de dessins à Bordeaux et sa carrière connaît un premier tournant important : second Prix de Rome en 1848, Bouguerau emporte la prestigieuse récompense en 1850 pour son tableau "Zénobie retrouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe". Sa rencontre avec le marchand de tableau Paul Durand-Ruel, en 1866, va lui permettre d'exporter son talent aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, la renommée de l'artiste explose : on s'arrache ses tableaux dans la grande bourgeoise américaine de Washington, Boston, New York ou Philadelphie. Tant et si bien qu'en 1878, quand on prépare son exposition rétrospective dans le cadre de l'exposition internationale de Paris, on ne dénombre seulement que 12 tableaux de l'artiste en France, tout le reste ayant été vendu aux Etats-Unis !
Membre de l'Académie des Beaux-Arts (1876), puis professeur de l'Ecole des Beaux-Arts et de l'Académie Juilian à Paris (1888), Bouguereau ne connaît finalement qu'une renommée mesurée en France : en 1877, trois décès successifs l'endeuillent : ses deux enfants meurent coup sur coup, puis sa femme. Ses deuils marqueront durablement son oeuvre en donnant dans le mystique Côté artistique, Bouguereau se heurte de plein fouet avec la montée de la nouvelle génération de peintres avant-gardistes que seront les Impressionnistes. La rupture est totale en 1875, année du fameux Salon des Artistes Français, dont le président n'est autre que William Bouguereau. Il représente le "mouvement conservateur" et rejette les avant-gardistes. Son pire détracteur devient alors Emile Zola dont les nombreux textes et autres lettres de cette période sont emplies de critiques acerbes à l'encontre du peintre honni. Degas, une des victimes des rejets systématiques de Bouguereau, qualifiera les tableaux de celui-ci de "bouguereauté"...
Vers la fin de sa vie, William Bouguereau épouse en secondes noces, Elizabeth Jane Gardner, une de ses élèves. L'artiste s'éteint enfin le 19 août 1905 à La Rochelle.
Intéressons-nous maintenant à l'oeuvre proprement dite de Bouguereau. Celle-ci connaît deux périodes : avant et après 1877. La première période s'étale de 1848 à 1877, période pendant laquelle Bouguereau peint de nombreux tableaux inspirés des mythologies grecques et romaines. Après 1877, année marquée par les nombreux deuils familiaux, William Bouguereau évolue vers des sujets religieux et bibliques, voire également populaires. Mais le sujet récurent et commun aux deux périodes reste la femme, de l'adolescente à la mère.
Les nus les plus marquants datent de la première période. En utilisant les mythologies antiques, Bouguereau peut dénuder ses femmes. Par contre, les sujets féminins des tableaux bibliques, religieux ou populaires sont habillés : il s'agit de ne pas heurter la bonne société parisienne, première cliente de l'artiste. Les nus eux, sont montrés dans l'intimité des boudoirs et autres cabinets particuliers, sorte de "porno chic et bon genre" de l'époque.
Pourtant, l'oeuvre de Bouguereau ne naît pas par hasard. On ne peut pas le taxer de lubricité ou d'artiste porté sur la provocation. Il s'inscrit dans le mouvement "pompier" ou néo-classique. Jacques Thuillier, professeur au Collège de France, le souligne dans son discours sur le bicentenaire de la naissance de l'artiste : « Au moment où il prépare le prix de Rome, la grande nouveauté parisienne est le Combat de coqs de Gérôme, soit la rupture avec le « Romantisme », le retour à l’Antiquité, au nu, au beau drapé, aux couleurs claires et aux volumes précis. (…) C’est de cet art probe, à la fois sensuel et dénué d’émotion, que semble découler la peinture de Bouguereau. »
Son art est ambigü : on parle de « sentimentalité mièvre et de chaste érotisme » (Jacques Thuillier). On dénude mais pas trop et les saintes ont des allures de hiérodules corinthiennes.
Mais le succès de l’art de Bouguereau représente avant tout les derniers feux d’une société ultra conservatrice qui vacille. Le montrée des Impressionnistes est irrésistible et va bouleverser le monde de la peinture. Quant à Bouguereau, il meurt en 1905, à la veille du Premier Conflit Mondial qui mettra lourdement à mal cette société bourgeoise qui fit son succès. Il n'est pas seulement l'un des meilleurs peintres de l'anatomie humaine mais il était aussi l'un des artistes les plus admirés, les plus écoutés et enviés de la fin du dix-neuvième siècle. Son oeuvre peinte n'en contient pas moins de 822 toiles, dont beaucoup se trouvent aujourd'hui en Amérique.
Au final, autant ses toiles ont été adulées, autant ont-elles raillées. Et hormis les interprétations des uns et des autres, Bouguereau n’a jamais vraiment exprimé la finalité de son œuvre, ni son ressenti, ni ses intentions.
La jeunesse de Bacchus (détail) 1884


















































































































































