26 juin 2009
LES NUS D'ANTOINE WATTEAU
Curieux, secret et éphémère peintre que fut Antoine Watteau. Trop souvent, le grand public ramène Watteau à la seule oeuvre de "Pierrot", la plus connue. Si la vie d'Antoine Watteau fut courte (il est décédé le 18 juillet 1721 à Paris à l'âge de 37 ans seulement), son oeuvre est beaucoup plus importante et elle a surtout marqué une génération de peintres. Les spécialistes s'accordent à dire que sa peinture a été le premisce du style impressionniste.
Antoine Watteau a été durablement marqué par le monde et l'ambiance du théâtre, après avoir été l'élève de Claude Gillot, peintre et décorateur de théâtre, entre 1703 et 1708. Les relations entre les deux hommes vont rapidement se dégrader mais Watteau gardera toujours une profonde reconnaissance pour celui qui l'a révélé. Rapidement, Watteau s'éprend des scènes de théâtres, des fantaisies galantes, des arabesques à figurine, des mythologies et des singeries. Ce sera un univers récurant chez l'artiste, tant et si bien que l'Académie royale de peinture va créer pour lui "la fantaisie galante".
De g à d : Homme assis (1716) - Homme nu aux bouteilles (1715-1716) - Esquisse pour Jupiter et Antiope
Etudier et regarder de plus près les oeuvres de Watteau, c'est aussi y distinguer mille et un détails, finement observés dans les vies mondaines et rustiques qui seront la toile de fond de ces tableaux. On y perçoit néanmoins un romantisme et une sorte de mélancolie récurantes. Derrière les fêtes galantes, leurs légèretés, leurs futilités, les personnages sont souvent tristes, mélancoliques et secrets. Mais la finesse des corps et des visages dénotent une certaine sensualité qui se retrouvent aussi dans ses nus. Malheureusement, il existe peu de témoignages sur ses travaux, de son vivant. Mort jeune, on l'a dit, à 37 ans, on ne peut s'appuyer que sur la biographie du peintre écrite par Anne-Claude-Philippe, comte de Caylus, devenu son ami (Vies de Mignard, Lemoine, Bouchardon, Watteau).
De g à d : Le jugement de Paris (1720) - Femme nue de dos - Femme nue au bras droit levé (1717)
Comme l'a superbement écrit Samuel Rocheblave ("Chapitre XV : l'art français du XVIIIe siècle dans ses rapports avec la littérature français", dans "Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, tome VI") : "Il peint ce temps comme il le voit, comme il le sent. Chez lui le désir se voile, le plaisir se spiritualise. Ses toiles disent partout la caresse, nulle part la possession. A quelle distance n'est-il pas de la petite poésie sèche d'un Lafare et d'un Chaulieu! Combien plus éloigné encore de la molle peinture de Boucher, et de ses grâces qui sentent le mauvais lieu! Watteau a mêlé son âme pensive à ces joies, à ces fêtes dont le chatoyant spectacle était le régal de ses yeux d'artiste. [...] Ses ébauches, ses croquis, dont beaucoup sont perdus dans des recueils rarissimes, forment le kaléidoscope le plus varié, le plus pétillant : pierrots et pierrettes, soubrettes et grandes dames, minois mutins, nuques penchées ou relevées, nez retroussés ou grands yeux songeurs, postures accroupies, couchées, plis d'un manteau, manches traînantes ou relevées, jambes coquettes posées sur de hauts talons, tailles cambrées, jeunes garçons, petits marquis ou gens de la rue, têtes crépues de négrillons, tous les cent aspects de la vie qui marche, trotte, cause, salue, sourit, sont enregistrés là, d'un coup de crayon large, net, décisif. Tout y a la finesse, la légèreté, la prestesse, marques de la race et du temps."
Diane au bain - Diane au bain (1716) - Flora (1715) - Printemps
Et si Watteau "a renouvelé la grâce" (Edmond de Goncourt), on ne peut que s'interroger sur les femmes nues représentées en peinture ou en dessin : la plupart du temps de dos, la tête légèrement inclinée, dévoilant une nuque gracile. On s'interroge d'autant plus que les silhouettes sont assez similaires d'une oeuvre à une autre. Représentation formatée de la femme ou représentation perpétuelle de la même femme (thèse retenue pour le film "Ce que mes yeux ont vu" avec JP Marielle et Sandrine Testud) ? Ou encore le fait de retrouver la même femme nue, allongée, que l'on retrouve dans la même position dans les tableaux "Jupiter et Antiope" (1715) et "Les Champs-Elysées" (1717) ? Pourquoi trouve-t-on une femme nue aux positions quasiment similaires dans "Diane au bain" et "Flora" ? Sujets d'une même période où Watteau "copie" son sujet féminin une, deux ou trois fois selon les tableaux ?
Exemple 1 : Les "nus répétés" dans deux tableaux différents
A g. "Les fêtes galantes" et à d. "Embarquement pour Cythère"
A g. "Amusements champêtres" (1717) et à d. "Leçon d'amour" (1718)
A g. "Jupiter et Antiope" (1715) et à d. "Les Champs Elysées" (1717)
Exemple 2 : Nus différents dans une même composition
A g. "Les Champs Elysées" et à d. "Amusements champêtres" (tous deux en 1717)
Enfin, nous sommes troublés par l'attrait de certaines scènes féminines, telles que "la toilette intime", que Watteau a peint avec force précision. Le spectateur assiste, voyeur malgré lui, à une séance de lavement où les détails sont perceptibles. Autant de questions qui resteront sans doute sans réponses, laissant aux nus de Watteau toutes leurs interrogations et tous leurs mystères sensuels.
Exemple 3 : Répétition d'un nu féminin
De g. à d. : Nu féminin (esquisse) - Nu au sofa (1716) - La toilette (1717) - Le lever (1718)
"Le remède" (1716-1717)
"La toilette intime" - "L'amour désarmé"
Commentaires
De bien joli tableaux et superbes recherches sur cet art. Merci.
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