A NAKED WORLD

Généralement, la nudité est considérée comme honteuse et impropre. Pourtant, elle a toujours été présente dans notre histoire et dans notre société. De la Préhistoire au XXIe siècle, impressions et perceptions... Vos avis sont les bienvenus...

30 avril 2009

LE VASE D'URUK OU LA PROCESSION DES PRETRES NUS

Urukprocession

Dans notre dernier article, nous avions parlé de la déesse Inanna, divinité de l'amour physique et de la guerre et qui fut, sans aucun doute, la déesse qui inspira les mythologies suivantes (cf notre article du 21-04 à ce sujet). Au cours de ce post, nous avons mentionné l'existence du vase d'Uruk, vase qui fait l'objet maintenant d'un petit article de fond pour la cause même de son sujet.

Le vase en albâtre est découvert par des assyriologistes allemands durant leur campagne de fouilles entre 1933 et 1934. Il mesure environ 1 mètre de haut pour un diamètre (dans la partie supérieure) de 36 cm. On le surnomme "vase d'Uruk", du nom sumérien de l'ancienne capitale du royaume du même nom, aujourd'hui Warka, en Irak, et serait vieux d'environ 3200 ans. Ce qui fait la particularité de ce vase, ce sont les bas-reliefs qui cerclent l'objet et représentent une procession de prêtres entièrement nus, portant des offrandes à la déesse Inanna, procession qui les mène notamment jusqu'au temple d'Uruk.

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Sa description se lit de bas en haut, comme une bande dessinée (excusez la comparaison anachronique !), sur 3 registres. La partie inférieure représente la végétation et les cultures des deltas du Tigre et de l'Euphrate mais aussi des animaux domestiques tels que des boeufs et des moutons. Une interprétation avance qu'il pourrait s'agir d'élevages et de cultures des domaines dépendants du temple. Le second registre (celui du milieu) représente la fameuse procession des prêtres nus, portant des bols, des vases et des jarres remplis d'offrandes en fruits et en graines. Ils avancent tous dans le même sens. Enfin, la partie supérieure est une scène unique représentant la fin de la procession à l'entrée du temple d'Uruk, où se trouvent la déesse Inanna qui offre à son tour des présents à un personnage masculin nu et un prêtre en tenue d'apparat qui attend l'arrivée de la procession.

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La scène se passe sans doute auprès du temple de Inanna, appelé l'Eanna. La procession s'intègrerait dans le rituel du mariage sacré, mariage symbolique entre Inanna et le roi d'Uruk (montré nu et "jouant" le rôle de Dumuzi, le mari d'Inanna). Cette hypothèse est notamment avancée par le danois Thorkild Jacobsen dans son ouvrage The treasures of darkness, paru en 1976. Ce "mariage" avait valeur de "reproduction" liée à la renaissance des choses (le cycle des saisons et la fertilité des cultures) et des hommes (la maternité et les naissances).

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Inanna-Ishtar en ivoire, style phénicien

Si la procession des prêtres nus d'Uruk est "attesté" (au moins graphiquement par le vase d'Uruk sans qu'il existe cependant une trace "écrite"), la question liée au "mariage" reste en suspens. S'agissait-il d'un mariage rituel où le roi d'Uruk se plaçait à côté de la statue de la déesse accomplissant ainsi "l'acte sexuel" ou existait-il une vraie relation (sexuelle ?) entre le roi d'Uruk (alias Dumuzi) et une prêtresse jouant le rôle "vivant" d'Inanna ? Cette thèse d'une prêtresse jouant le rôle d'Inanna est avancé par Piotr Steinkeller, dans son article "On rulers, priests and Sacred Marriage : tracing the evolution of early sumerian kingships", paru en 1999. La prêtresse portait alors le nom sumérien de nin-dingir, que l'on peut traduire par "dame-déesse". Douglas Frayne (Notes on the sacred marriage rite - 1985) soutient la même thèse mais en avançant la théorie que chaque "nouvelle" année portait également le nom de la prêtresse élue pour jouer le rôle d'Inanna. Par contre, Frayne et Steinkeller restent muets sur le déroulement même du mariage sacré. Il nous paraît plus probable qu'il s'agissait d'un acte symbolique plutôt que réellement sexuel.

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"Mariage sacré" ou lit en terre cuite datant de 3200 ans av JC

Nulle part la nudité des uns et des autres est attestée par écrit si ce n'est pas métaphore ou par image. La procession des prêtres nus du vase d'Uruk ne semble pas une affabulation ou une quelconque représentation née d'un fantasme. Ce vase faisait partie du temple de l'Eanna et illustration un caractère sacré.  Les mythes et autres fantasmes ont souvent entouré les prêtres ou prêtresses oeuvrant dans les temples des divinités adorées pour l'amour (nous pensons aux prêtresses ou prostituées sacrées de Corinthe, cf notre tout premier article à ce sujet), donnant lieu à des spéculations et autres affabulations érotico-scabreuses.

L'histoire de ce vase magnifique a connu une récente suite mouvementée de sa longue existence. Le vase a été conservé au musée de Bagdad jusqu'à l'invasion du pays par les troupes américaines, au moment de la chute de Saddam Hussein (2003). Profitant de l'anarchie régnante alors, des hommes ont dérobé le vase qui est cependant retrouvé peu après brisé en 14 morceaux. Sa restauration a été confiée à l'Institut Oriental de Chicago. Puis il a été ramené à Bagdad en 2006 où il est enfermé depuis avec les autres oeuvres du musée.

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Registre supérieur (à g.) et registre inférieur (à d.)

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Vase d'Uruk (en trois vues)

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Temple d'Uruk en photo et sur plan

En savoir +

Sur le vase à l'Institut Oriental de Chicago >>> http://oi.uchicago.edu/OI/IRAQ/dbfiles/objects/14.htm

Sur le Mariage Sacré, l'excellent article de Johanna Stuckey >>> http://www.matrifocus.com/IMB05/spotlight.htm

Sur le temple de l'Eanna >>> http://fr.wikipedia.org/wiki/Eanna

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Commentaires

Warka

The Warka Vase was one of the thousands of artifacts which were looted from the National Museum of Iraq during the 2003 Invasion of Iraq. In April 2003[4] it was forcibly wrenched from the case where it was mounted, snapping at the base (the foot of the vase remaining attached to the base of the smashed display case.[5]

The vase was later returned during an amnesty to the Iraq Museum on June 12, 2003 by three unidentified men in their early twenties, driving a red Toyota vehicle. As reported by a correspondent for The Times newspaper,
“ As they struggled to lift a large object wrapped in a blanket out of the boot, the American guards on the gate raised their weapons. For a moment, a priceless 5,000-year-old vase thought to have been lost in looting after the fall of Baghdad seemed about to meet its end. But one of the men peeled back the blanket to reveal carved alabaster pieces that were clearly something extraordinary. Three feet high and weighing 600lb intact, this was the Sacred Vase of Warka, regarded by experts as one of the most precious of all the treasures taken during looting that shocked the world in the chaos following the fall of Baghdad. Broken in antiquity and stuck together, it was once again in pieces.[6] ”

Soon after the vase's return, broken into 14 pieces,[7] it was announced that the vase would be restored.[8] A pair of comparison photographs, released by the Oriental Institute, Chicago, showed significant damage (as of the day of return, 12 June 2003) to the top and bottom of the vessel.[9]

Posté par bernard, 02 mai 2009 à 03:36

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